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Full text of "Castor et Pollux : tragédie-opéra en cinq actes, représntée pour la premiére fois sur le théatre de l'Academie Royale de Musique, en 1737; remise au Même Théatre le 14 Juin 1731, et le 16 Décember 1794; reprise le 28 Décembre 1814"

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LES TROIS BERNARDS. 



D 



AirscepaystroîsBernards sont connus j 

L'un est ce Saint j ambitieux Reclus , 

Prêcheur adroit , fabricateur d'oracles. 

L'autre Bernard est l'enfant de Plutus , 

Bien plus grand Saint , faisant plus grands 
miracles : 

Et le troisième est l'enfant de Phébus j 

Gentil Bernard , dont la Muse féconde 

Doit faire encor les délices du monde ^ 

Quand des premiers on ne parlera plus. 

Voltaire. 




CASTOR 
ETPOLLU 

TRAGÉDIE-OPÉRA 

EN CINQ ACTES, 

REPRFSENTÊE POUR LA PRlMlÈRE FOIS SUR LE THEATRE 

DE l'academie royalf. DE MusiQ^uE , FN lySj; 

REMIbE AU MÊME THEATRE LE 14 JUIN ly^I , ET LE 16 
DÉCEMBRE I 794 ; REPRISE LE 28 DECEMBRE J814. 



Prix: i fr. 5o c. 





/ *$ é if 



A PARIS, 

CbexRoULI.ET, Libraire du Théâtre de l'Académre 
Royale de Musique, rne des Poitevin': . r.°. 7 , et 
au l'alais- Royal, n°. 19, attenant la ir-oiirse. 



1 



10 



1' 



V 



' Ac^MsnB.r 



Les paroles sont de Bernard. 
La Musique de M. Candeille. 
Les Combats, le Ballet des Furies et celui du dernier 
Acte par M. MiLON. Les autres Ballets par M. 
Gakdel. 



ACTEURS ET ACTRICES 

CHANTANTS DANS LES CHCEURS. 



COTÉ DROIT. 



Messieurs, 

Devilliers. 

Leroy ler. 

Putheau. 

Adrien Fd. 

Picard. 

Chapelot. 

Prévost. 

Chollet. 

Leroy 2e. 

Gobert. 

Fasquel. 

Gousse. 

Lemaire. 

Dumas. 

Courtin, 

Quelle. 



Mesdames, 

Hymmmère. 

Lefevre. 

Bertrand, 

Florigny. 

Chévrier. 

Valain. 

Beaumont, 

La combe. 

Reine. 

Maze. 

Falcos. 



COTÉ GAUCHE. 


Messieurs, 


Mesdames, 


Lhoste. 


Gambais. 


Lecocq. 


Mulot aînée. 


Aube. 


Mulot Cad. 


Gonthier. 


Royer. 


Nisi. 


Cantagrelle. 


Houëbert. 


Mante. 


Levasseur, 


Lorenzetti. 


Martin. 


Lebrun. 


Duchamp. 


Dubois. 


Nocart. 


Fasquel. 


iVIénard. 


Ménard aîn. 


Léger. 


Casser. 


César. 




Murgeon, 




Legros. 





PERSONNAGES DANSANS. 



n«TnrtiiitlMg 



ACTE PREMIER. 



NOBLES SPARTIATES. 
M. Anatole, Mlle. Gaillet. 

MM. Seiiriot entier , Godefroy, Chatillon. 
Mlles Adélaïde, Dupuis, Jacorot, Eulalie , Boucher, 
Darmancourt. 

MM. Maze , Pupet ^ Gallais. 
Mlles, Guillet , Delphine^ Podevin , Césarine, 
Baudesson, Narcisse. 

PEUPLE. 
MM. Paul, Ferdinand. 

Mme. COURTIN. 

MM. Auguste, Eve, Gogot. 
Mlles. Lemicrc, Molard, Pivert , Nanine , Seiiriot ^ 
Brocard aînée. 

OFFICIERS. 

' Lincéc , M. Poulet. 

MM. Leulier, Romain, Lenfanr, Rivière, Baiise^ 
Alerme , Louis , Aniel, Paul. 



ACTE SECOND. 



LUTTEURS ET GLADIATEURS. 
M. Albert. 

MM. ÉLIE, MÉRAISITE. 

Seuriot cadet , Godefmy , Rivière , Lenfant , Paul , 
PouiUet , Petit , Romain , Banse , Alerme , 
Verneuil, Chatillon. 

SPARTIATES. 

Mll^ Delille. 

Mlles Adélaïde , Dupuis, Jacotot , Eulalie , 
Boucher , Darmancourt , Fodevin , Césarine. 



ACTE TROSIEME. 

Héhé y Mlle. Gosselin aînée. 

Suite dHébe\ MU^. Masrelliê cadette , Marinette» 

Guillet; Delphine, Dupuis, Baudessou , Narcisse, 
Léquine, Angéline , Molard , ,Lemière, Nanine, 
Seariot , Pivert , Berry aînée ^ Noémie ^ Barrée , 
Perceval, Aurélie^ Fiorestine. 



ACTE QUATRIÈME. 



DÉMONS DANSANS. 

La Trahison y M. BEAUPRE, 

Le Crime , M. GOYOK. 

Bellonc , M. Élie. 

La Mon , M. Louis. 

LES FURIES. 

MM, BrANCHU . MÊRANTE , ToUSSAiNT. 

leulier, Louis , Alerme^ Paul, Auguste, Eve, Gogot, 
Beautin, Martin, Seuriot l'aîné, Leblond, Courtois. 

LES OMBRES, 
M. Paul. 

Mm*^. Gardel , Mll=. Fanny. 

M. Montjoie. M^c. Gaillet. M. Ferdinad. Masrelié c. 

Mrs.Seuriotc.Aniel, Petit, Godefroi, Romain, Bmce 

Mlles Adélaïde , Amanda , Boucher, Darmancourt ^ 
Léquine , Montjoie. 

Mrs Rivière, Chatinon,Galaïs,Pupet,Maie,Faucher 

M^esEulalie, Jacotot , Césarine, Guillet, Baudesson, 
Narcisse. 

M Pecqueux, Gronaux, Martin, Bertrand, Josse, Elie 
M^J^s. Pudevin , Delphine , Pansard , Molard , 
Nainne , Lemière. 

Mr-'. Petit 2e,, Guifîard , Chatillon 2e. ^ Quarré , 
Gosselin , LenFant tils. 

Mlles Pivert, Brocard l'aînée, Seuriot, Betii^ 

Noémie , Barrée. 

M. Leblond se. Mll^ Berry aînée. 



ACTE CINQUIÈME. 

Apollon-^ M. Albert. 

T^r/^^jcore, Mle.CL0TILDE;F/7Z«^,MicG0SSELIN 

Les Grâces, Mies Angeline , Lauiiier cad. Aubri. 

V Amour ^ Mlle. Berry aînée. 

PLAISIRS, JEUX ET RIS. 

Mrs Seuriot cadet, Romain, Petit, Maze, Rivière, 
C^alais, Godefroy, Pupet. ^ 

Mlles. Adélaïde Montjoie , Guillet, Delphine , 
Leqmne, Eulalie , Podevin , Ferette. * 

Mrs. Alerme,Banse, Lenfant, Courtois'- Auguste 
Faucher, Eve, Pecqueux. ^ 

Mlles. Darmancourt, Boucher, Lily Proche 
Baudesson , Molard , Nanine^ Pivert. ^ 

Mrs Beautain, Verneuil , Goaot , Seuriot l'aîné 
Martin, Leblond , Gronaux , Josse. ' 

Mlles, Xemière, Pansard, Jouberc , Vifrneron 
Seuriot ire. Seuriot 2e. , Betzi, Brocard Paînée. ' 

DIEUX ET DÉESSES. 

Minerve , Mlle. St. «- Léger. 

Diane ^ Mlle. Laurence. 

Mars ; M. Louis. 

Hercule , M. Pouliec. 

Bacchus, M. Pau!. 

Les neuf Muses. 
Les Heures. 
Des Amours. 
La Rénommée. 



ACTEURS. 



POLLUX , 

CASTOR. 

THÉLAIRE , 

PHÉBÉ , 

JUPITER , 

MERCURE , 

LE GRAND -PRETRE, 

UNE OMBRE , 

CLÊONE , 

UN SPARTIATE, 

CORIPHÉES, 



M. Lays. 
M. Nourrit, 

Mme BRANCHU. 

Mlîe Armand. 

M. DÉRIVIS. 
M. ÉLOY. 

M. Bertin. 

Mrne GRANIER. 
Mlle JaNNARD. 

Alexandre. 

Mesnard. 



Mines 



LORQTE. 













CAST 





E T 

POLLUX, 

TRAGÉDIE. 

ACTE PREMIER. 

Le Théâtre représente une partie intérieure 
du Palais des Rois de Sparte , avec tout 
l'appareil d'un hymenée. 



SCÈNE PREMIÈRE 

PHEBÉ, CLÉONE. 
C L É O N E. 



L 



rH I TyI E N couronne votre sœur , 
Pollux épouse Télaïre; 
Ce pompeux apareil annonce son bonheur ; 
Mais j'entends Phebe qui soupire. 



2 CASTÔRetPOLLUX^ 

P H E B É. 

Mon cœur n'est point jaloux d'un sort si glorieux ; 
Une autre voix s j fait entendre ; 
Ah , que n'est-il ambitieux I 
Peut-être seroit-il moins tendre. 

Filles du Dieu du Jour , par quels présents divers 

Le Ciel marqua notre partage ! 
Je reçus le pouvoir d'évoquer les Enfers ; 
Que Télaïre obtînt un plus doux avantage ! 
Elle commande aux cœurs > où mon art ne peut rien ; 

Un coup d'œil lui rend tout possible; 
Je ne fais qu'étonner ce qu'elle rend sensible : 
Que son pouvoir est au-dessus du mien ! 

Que l'univers la trouve belle. 

Je le pardonne à ses appas ; 
Mais que l'ingrat Castor m'abandonne pour elle , 
Voilà ce que mon cœur ne lui pardonne pas. 

C L É O N E 
L'himen du Roi , qui va rompre leur chaîne » 
Doit vous rendre l'espoir de fixer votre amant. 

P H E B É. 
Elle aura ses regrets , je n'aurai que la peine 

D espérer encor vainement. . . . 
Et si le Roi cedoit aux larmes de son frère 

L'objet qui cause son tourment ? 
Tu vois ce que je crains; voici ce que j'espère : 

Cléonc , en ce moment fatal, 

Pour venger ma flanune ollensée , 

Je leur garde une autre rival . 
Et je puis disposer des fureurs de Lincce. 



TRAGÉDIE. 3 

i 

Son amour , qu'on oulrage , est toiU près déclater ; 
Il veut de ce palais enlever Télaïre. . . 
Je la ?ois : son triomphe augmente jnon marlj re ; 
Songeons à l'éviter. 

( Elle sort, ) 



SCENE IL 

/ 

TELAIRE, seule. 



E 



C LAT E Z , mes justes regrets; 
Dans un moment , hélas 1 il faudra vous contraindre 

Le ciel m'ôtera désormais 

Jusqu'à la douceur de me pla'ndre. 
La gloire unit envain tout ce qu'elle a d'attraits 
Pour un Dieu qui m'adore , et me force à le craindre ^ 

L'Amour a lancé d'autres traits : 
Ces honneurs , que je fuis , ne font voir que Texcès 

Du feu , que je ne puis éteindre. 

Eclatez , mes justes regrets ; 
Le ciel m'ôtera désormais 
Jusqu'à la douceur de me plaindre. 




4 CASTOR ET POL LUX, 



SCENE III. 

TÉLAIRE, CASTOR. 
CASTOR. 



A 



H ! je mourrai content , je revois vos appas. 

TÉLAIRE. 

Prince, osez-vous encor me parler de tendresse! 

CASTOR. 
On permet nos adieux. 

TÉLAIRE. 

Eh ! ne deviez-vous pas 
Les épargner à ma foiblesse? 
CASTOR. 
Quand j'ai, pour cet adieu, l'aveu de votre époux. 
Quand vous m'allez être ravie ; 
Cruelle! me reprochez-vous 
Le dernier plaisir de ma vie? 

Mon frère a vu mes pleurs , et , loin de les cacher , 

J'ai laissé voir toute ma flamme ; 
La pilié lui parloit , et sembloit le toucher ; 
Mais Tamour, plus puissant , l'écartoit de son ame 
Achevez son bonheur ; je quitterai ces lieux , 
Sans ine plaindre de vous, sans accusermonfrcre: 
Ai-je à me plaindre que des Dieux? 

TÉLAIRE. 

Vous partez ? 

CASTOR. 
Je m'impose un exil n'ressaîre. 



TRAGÉDIE. 5 

Dans ces jeux , maîtres de mon sort, 
Si j'ai trouvé cent fois la vie ; 
Quand Tespérance m'est ravie , 
y y trouverois cent fois la mort. 

T É L A ï R E. 

Et le Roi permettra cette fuite inhumaine I 
Non , son cœur est trop généreux. 
CASTOR. 
En fesant son bonheur, elle adoucit ma peine : 
Vous m? plaignez, il m'aime, et je pars trop heureux. 

( PoUux , qui les obsenvif , paroit en ce 

moment, ) 



S C E N E I V. 

POLLUX, TÉLAIRE, CASTOR, 

P O L L U X. 



N 



ON , demeure Castor; c estmoi qui te l'ordonne: 
^ L'amour et l'amitié t'en imposent la loi. 

Calme l'inquiétude où ton cœur s'abandonne : 
Pour te retenir près de moi , 
La main qu'on devoit à ma foi 
Est la chaîne que je te donne. 

n prend la mai?i de TÉLAIRE, et Vunit à 
celle de CASTOR. ) 

CASTOR. 
O bonté que j'adore ' 



6 CASTOR ET POL LUX, 

T É L A I R E. 

O grandeur , qui m'étonne; 

P O L L U X. 

Je connoîs tout ce que je perds ; 
Castor à mon amour rendra cette justice ; 

Il pourra mieux juge r du prix du sacrifice , 

Par les tourments qu'il a soun'erts. 

( La suite du R I et le peuple entrent sur la 

Scène, ) 



S C E N E V. 

POLLUX, TELAIRE, CASTOR. 

Spartiates. 
P O L L U X , au peuple, 

n 

K^ E s apprêts m'étoient destinés , 
J'en fesois mon bonheur suprême ; 
Que leurs fronts soient couronnes 
De ces fleurs qui dévoient parer mon diadcme : 
Des Dieux objets que j'aime , 
Je fais deux amans fortunés. 

CHŒUR (f^ Spartiate S. 
Chantons Tcclatante victoire 
D'un héros qui dompte l'amour ; 
Si la vertu triomphe en ce beau jour , 
L'amour ne perd rien de sa gloire. 

( 0/2 danse, ) 
CASTOR. 

Quel bonJieur rè^ne dans mon ame ! 



i»« > 



TRAGÉDIE. 7 

Amour , as-tu jamais 
Lancé de si beaux traîts? 
Des mains de l'amitié tu couronnes ma iîainme : 
Amour, as-tu jamais 
Lancé de si beaux traits ? 

( On danse. ) 

( La F été est interrompue par unbrult tumultueux. ) 



SCENE V ï. . 

Un SPARTIATE etleskCT^vviSdcla 

scène précédente. 
Un SPARTIATE. 



Q 



^ UITT E Z ces jeux , courez aux armes; 
Lincée attaque ce Palais : 
La jalouse Phébé semble quitter ses traits. 

Le C H ΠU R. 
Courons aux armes. 

Castor et Polîux , en se séparant pour aller combat- 
tre aux deux côtés du théâtre , où Von entend 
le bruit des attaques 

Allons dissiper ces allarmcs : 
Aux armes. 

T Ë L A I R E , à Castor. 
Arrêtez, Castor , arrêtez ! 
Les dlfférens CH(EU RS , derrière le lliéâtre. 
Combattons, attaquons: attaquez , combattez. 

Une voix seule. 
Enlevons Télaïre, 



8 



CASTOReïPOÎ^Ï^UX, 



T É L A I R E. 

Ab ! quelle fureur les inspire. 

C H CE U R , derrière te théâtre. 

Combattons , etc. 

( Après un grand bruit de guerre , L i N c É e force 
Ventrée du palais et paraît à la tête des siens. 
C .4 s T OR qui etoit sorti du théâtre , rentre pour 
le combaiire , il est repoussé et tombe dans le 
coulisse, scus les coups rfeLi N CEE ; pendanile 
combat , T É L AI R E , <7«; i^eut se jette r dans la 
mêlée est retenue par ses femmes. Il se fait alors 
un pro fend silence. ) 

Une voix. 

Castor , hilas ! Castor est tombé sous ses coups! 

CHŒUR des Spartiates. 

O perte irréparable ! 
O malheur efiioyable ! 
T É L A I R E , tombant dans lesbras' de ses 
• suivantes. 

Je me meurs. 

Le C H ΠU R. 
PoUux, vengez-nous. 

( Le bruit de guerre recommence. Uvici^ reparaît 
et trat^erse la scène pour enlei>cr TÉlaire, çuil 
entraine hors du théâtre. PoLLUX i'ole à sa ren- 
contre , dégage la princesse, et attaque son en- 
nemi. La troupe de Castor se rallie à celle de 
PoLLUX , qui combat L I N C É E , /e poursuit et le 
fait tomber sous ses coups. ) 

FIN DU PREMIER ACTE. 



T 11 A G E D I E. 9 

ACTE SECOND. 



gfaiii iriiaan*itwiffWig»ri 



Le tîiéâtre représente le lieu de la sèpuhuve 
des rois de Sparte j au milieu duquel est 
élevé un tombeau militaire pour les finie- 
railles de Castor: il est éclairé de lampes 
sépulcrales. Le reste est une forêt sombre ^ 
plantée de pa loiiers et de cyprès , où se ras- 
semble le peuple de Sparte. Le commen- 
cement de 1 acte se passe dans la nuit. 



i«gsE»aigi^ga<i Ha pManig3 



SCENE P E M I E R E. 

CHŒUR des Spartiates çui arrivent au 
tombeau arec toutes les niarçues ifun grand 
deuil , les armes renversées et garnies de crevés. 




UE tout gémisse * 
Que toat s'unisse 
Pr ^parons ^ élevons d'éternels monumens 

Au plus malheureux des amans : 
Que jamais notre amour , ni son nom ne périsse. 
Que tout gémisse. 

B 



ïo C A s T O RetP O L L U X, 



SCENE IL 

r 

T E L A I R E , dans le plus grand deuil ^ vient se 
jettter au pied du mausolée. 

JL RIS TE s apprêts, paies flambeaux , 
Jour, plus affreux que les ténèbres, 
Astres lugubres des tombeaux , 
Non , je ne verrai plus que vos clartés funèbres. 

Toi , qui vois mon cœur éperdu , 
Père du jour , ô Soleil ! ô mon père ! 
Je ne veux plus d'un bien , que Castor a perdu , 
., Et je renonce à ta lumière 

Tristes apprêts , pâles flainbeaux , 
Jour plus affreux que les ténèbres. 
Astres lugubres des tombeaux , 
Non, je ne verrai plus que vos clartés funèbres. 

( P H É B É paraît, ) 



W0m 



TRAGÉDIE. II 



4*1 



c 



SCENE 1 1 L 

PHEBÉ, TÉLAIRE. 
T É L A I R E, 



R u E L L E , en quels lieux venez-vous ! 
Osez-vous insulter encore 
Aux mânes d'un héros qui pérît par vos coups? 

P H E B É. 

Laisse à l'amour, qui me dévore 
Le soin de me punir d'un crime que j'abhorre ; 

Il m'en dit plus que ton couroux. 

Tu pleures l'amant le plus tendre ; 
Mais de nous deux encor son destin peut dépendre 5 

D'un mot tu peux le rendre au jour. 

T É L A 1 R E, 
Ordonnez • que faut-il ? 

P H E B E. 

Immoler ton amour, 
- Et mon art forcera l'Enfer à nous le rendre, 

T E L A I R E. ^ 

Oui , je m'en impose la loi. 
Qu'il vive , que pour lui voire ardeur se signale, 

P H E B É, 

Tu le veux, 

T É L A I R E. 

Hâtez- vous; je cède à ma rivale 
L'amour dont il brûla pour moi. 



12 C A s T O R ET P O L L U X, 

( 0/2 enîendune siinphonie guerrière et des chants 

de çicioire. ) 

Le chœur, derrière Je Théâtre, 
Triomphe , vengeance ! 

T É L A î R E. 
C'est le Roi vainqueur qui s'avance. 

P H E B É. 
Il a vengé nos maux ; il faut les réparer. 

( Elle sort, ) 

( Le jour commence à paraître ,^ et découvre les 
différents inonumens qui sont sur la scène. ) 

SCÈNE IV. 

POLLUX, TÉLAIRE, Troupe de 
Spartiates, d'ÀTHÉLÈTES et de 
Combattais, portant des trophées et les 
dépouilles des ennemis^ 

POLLUX, aux Peuples. 



p 



E U p L E s , cesse/ de soupirer. 
Non, ce n'est plus des pleurs que ces jnânes deman- 
dent; 

C'est du sang qu'ils attendent, 
Et ce sang fatal a eoulé: 
Lincée est immolé. 
Tous LES CHŒURS. 
Que l'Enfer applaudisse 
A de nouveaux concerts ; 



TRAGÉDIE. i3 

Qu'une ombre plaintive en jouisse. 

Le cri de la vengeance est le chant des Enfers. 

P O L L U X , à Ti^laire. 

Princesse , une telle victoire 
Doit adoucir pour vous l'horreur de ce séjour. 

, > T É L A I R E. 

La vengeance ilalte la gluire , 
Mais ne console pas l'amour. 

Prince, un rajon d'espoir à mes jeux se présente ; 
Le pouvoir de Pliebé peut remplir notre atl nte. 

Et ravir Castor aux Enfers. 
P O L L U X. 

Non , c'est en vain qu'elle le tente, 
Et c'est encore à moi de réunir vos fers. 

Aux pieds de Jupiter j'irai me faire entendre; 

Le Dieu qui me donna le jour , 
A mon frère peut le rendre. 
Aux larmes de son fils quelle marque plus tendre 

Peut-il donner de son amour ? 

T É L A I R E. 

Ah , prince ! osez tout entreprendre ; 
Montrez qu'aux immortels votre sort est lié : 
Jupiter , dans les cieux , est le Dieu du tonnerre , 
Et Pollux sur la terre , 

Sera le dieu de l'amitié. 
D'un frère infortuné ressusciter la cendre , 
L^arracherau tombeau , m 'empêcher à' y descendre, 



\ 



14 CASTOR ET POLLUXj 

Tiriompher de vos feux , des siens être Pappui , 
Le rendre au jour , à ce qu'il aime , 
C'est montrera Jupiter-même 
Que vous êtes digne de lui. 

P O L LUX, aux Peuples. 

Reprenez vos chants de victoire y 
(^UQ mon triomphe embelisse ces lieux : 
Occupez Télaïre , et charmez ses beaux jeux 
Par le spectacle de ma gloire. 

( Il sort, ) 

( La scène dallent plus éclairée , les tombeaux 
sont couverts de trophées et des dépouilles des 
ennemis, Marche des combatans. Entrée et com 
batsjîgurés t/* Athlètes et de Gladiateurs, ) 

Un A T H L È T E. 

Eclatez , fiëres trompettes ; 
Faites briller dans ces retraites 
La gloire de nos Héros. 
Par des chants de victoire , 
Troublons le repos 

Des échos. 
Qu'ils ne chantent plus que la gloire. 

( Des femmes Spartiates se mêlent à la fête 
des guerriers ^couronnent les i^ainqueurs^ etfor» 
ment un divertissement de réjouissance pour 
célébrer la victoire deVohLVX. ) 



ACTE TROISIÈME. 



Le Théâtre représente le vestibule du Teiî:* pie 
de Jupiter , où PoL LUX doit faire nu 
sacrifice. 



SCENE P REMIERE- 

PO LUX, seuh 

X R É S E N T des Dieux , doux charme desliumains , 
O divine amitié ! viens pénétrer nos âmes : 

Les cœurs, éclairés de tes flammes, 
Avec des plaisirs purs, n'ont que des jours sereins. 
C'est dans tes noeuds charmans que tout est jodiV- 

sance; 
Le temps ajoute encore un lustre à ta beauté: 

L'amour te laisse la constance ; 

Et tu serois la volupté , 

Si l'homme avoît son innocence. 

Présent des Dieux , doux charme des humains, 
O divine amitié ! viens pénétrer nos âmes : 
Les cœurs , éclairés de tes flammes , 
Avec des plaisirs purs , n'ont que des jours sereins. 
( Le Temple soui^re y etles prêtres en sortent, )• 
Mais le Temple est ou vert , le Graud-Prêtre s'avance. 






i6 CASTOR ET P O.L L U X, 

SCÈNE IL 

POLLUX,leGRAND-PRÊTRE 

du JvTiTER^ Peuples ei suite 

^f^ G R A N D - P R Ê T R E . 

iIe grand-prêtre. 

X-/ E souverain des Dieux- 

Va paroître eu ces lieux 
Dans tout l*éclat de sa puiîîsaiice : • î 

Tremblez, redoutez sa présence! 

Fujez , mortels curieux. 

Ce n'est que par les feux et la voix du tonnerre 

Qu'il s'annonce à la terre: 
Et Taspect redouté de son front glorieux, 

N'est vu que par les Dieux. 

Qu'au seul nom de ce Dieu suprême , 
De respect etd'eifroi tous les cœurs soient glacés ; 
FujeZ et frémissez: 
i Fujons et frémissons nous même. 

CHŒUR DE PRÊTRES. M 

, .Fujons et frémissons nous même. ^ 

^ ( Z(? Théâtre change: Jupiter paroit dans son 

palais , assis sur un trône et em^ironné 
i de toute sa gloire . ) 

Il . ■ 



TRAGÉDIE. 



SCÈNE 1 1 L 

JUPITER; POLLUX. 
VOLLIJX aux pieds de J U ? l T E R. 

IVx A voix, puissant maître du monde, 
S'^^ève en tremblant jusqu'à toi : 
D'un seul de tes regards dissipe mon effroi , 
Et calme ma douleur profonde. 

O mon père, écoute mes vœux. 

L'immortalité , qui m'enchaîne, 

Pour ton fils désormais n'est qu'un suplice affreux. 

Castor n'est plus , et ma vengeance est vaine, 
Si ta voix souveraine 

Ne lui rend des jours plus heureux. 

O mon père, écoute mes vœux. 

JUPITER. 

Que son retour, mon fils, auroit pour moi de char- 
mes ! 
Qu'il me seroit doux d'j penser ! 
Mais l'enfer a des ioix que je ne puis forcer; 
Et le sort me défend de répondre à tes larmes. 

POLLUX. 

Ah ! laisse-moi p?rcer jusques aux sombres bords. 
J'oviv.rira.i ^spus ;nes pas les antres de la terre: 



i8 CASTOR etPOLLU X, 

J'irai braver Pluton, firai chercher les morts 

A la lueur de ton tonnerre; 
j'enchaînerai Cerbère; et plus digne des cieux, 
Je reveirai Castor et mon père et les dieux. 

JUPITER. 
J'ai voulu te cacher le sort qui te menace. 
D'un frère infortuné tu peux briser les fers, 

Si tu descen Is dans les enfers; 
Mais il c*t ordonné, pour prix de ton audace, 

Que tu prennes sa place. 

Tes jours éternels, tes beaux jours 
Sont trop dignes d'envie. 
P O L L U X. 
Non, je ne puis soufirlr la vie, 
Si Castor avec moi n'en partage le cours. 
Je reverrai mon frère, il verra Télaïre; 
Il est aimé , c'est k lui d'être hc ureux. 
Chaque instant qu'ici je respire , 
Est un bien que j'enlève à son cœur amoureux. 

JUPITER. 
Avant que de céder au zèle (jui t'inspire, 
Vois ce que tu perds dans les cieux. 

Enfans du ciel, charmes de mon empire. 
Plaisirs, vous c[ui faites les dieux, 
Triomphez d'un dieu qui soupire. 

( Z/?5Pi AisTRS CE LESTES, conduîts parKi^t 

entrent en dansant , ils entourent P o L L U X , 
J u p I T E R 5^ retire. ) 



TRAGÉDIE. 19 



SCENE IV. 

POLLUX,HEBE,/^5PlaisirsCelestes 

çui tiennent des guirlandes dejleurs dent ils 

çeuleni enchaîner P o L l u x, 

( Entrée J'He b e et de sa suite , formée par les 
Plaisirs CÉLESTES. ) 

P O L L U X. 



T 



Out réclat de rOlirnpe est en vain ranimé : 
Le ciel et le bonheur suprême 
Sont aux lieux où Ton aime, 
Sont aux lieux où Ton est aimé. 

LE CHŒUR. 
Qu'Hébé, de fleurs toujours nouvelles , 
Forme vos chaînes éternelles. 
( H É B É danse et ne cesse d'attaquer P o L L u x 
qu'elle ^eut enchanter, ) 

UNE SUIVANTE d'Hébe. 

Voici des dieux 
L'asjle aimable ; 
Goûtez des cieux 
La paix durable. 

Plus de plaisirs 

Que de désirs ; 

Des chaînes , 



20 C A s T O R ET P Ô L L U X. 

Sans peines; 
Et de beaux jours 
Comptés toujours 
Par les Amours. 

Si Ton soupire, 
C'est sans mai ijre : 
Est- ©n charmé? 
L'on plàit de même : 
On dit cju'on aime ; 
On est aimé, 

P O L L U X. 

Ah! sans le trouble où je me vois , 
Charmans plaisirs, je vous serois fidèle; 
Mais , dans l'excès de ma douleur mortelle , 

Plaibirs, que voulez-vous de moi î 

( Noiwelle attaque d'H É B É. ) 

UNE SUIVANTE D'HÉBii. 

Que nos jeux 
Comblent vos vœux : 
Suivez Hébé; que votre jeunesse; 
Sans-cesse, 
Renaisse, 
Pour être à jamais heureux. 

La grandeur la plus brillante 
N'est point l'attrait qui nous tcnlc; 



TRAGÉDIE. 21 

Venez , voyez , goûtez 
Les célestes voluptés. 
Nous aimons, Jupiter-même 
N*est heureux que quand il aime. 

Aimez , cédez , suivez 
Les biens qui vous sont réservés. 

( La danse recommence-, 7^5 P L Aïs ïR S Célestes 
font de nouveaux efforts pour arrêter P o L L U x. ) 

Si je romp vos aimables chaînes , 
J'épargne aux dieux ma honte et mes soupirs. 
Je descends aux enfers , pour oublier mes peines; 
Et Castor renaîtra , pônr goûter vos plaisirs. 

( P o L L U X rom^p les guirlandes de Jleurs dont il 
est enchaîné -i et se dérobe aux PLAISIRS 

qui le suivent. ) 



FIN DÛ TROISIÈME ACTE. 




22 C A S T O R E-r P O L L U X , 

ACTE QUATRIÈME. 

Le Théâtre représente Tentrée des enfers , 
où l'on descend par des rochers escarpés. 
Dans le fond est une caverne qui vomît 
des flammes, et dontlePassageestdeffendu 
par des Monstres , des Spectres et des 
Démons. 



SCENE P REMIERE. 

P H E B É , seule, 

XZj s p r I t s > soutiens ^e mon pouvoir , 
Venez, volez, remplissez mon pouvoir. 
Descendez au rivage sombre; 
Il faut lui ravir uu ombre. 

( Les Esprits et Puissances magiques descendent 
des rochers à la iJoix (/^ P H E B É , qui forme ses 
encliantemens. ) 

SCÈNE II. 

PHEBÉ, ESPRITS MAGIQUES. 

P H E B É. 

XVassemelez-vous , secondez mon ardeur : 



TRAGÉDIE. a3 

Des monstres des enfers combaltez la fureur. 

Le C H ΠU R. 
Des monstres des enfers combattons la fureur. 

P H E B É. 

Redoublez vos charmes ^ 

Pénétrez ce séjour , 

Impénétrable au jour : 

Redoublez vos charmes ; 
Empruntez les traits de T Amour 
Pour avoir de plus fortes armes. 

Le C H ΠU R, 

Des monstres des enfers, etc. 

P H E B É. . 

Mais, que vois -je l 

( Elle apperçoit Mercure , qui descend: PoLLUX 
paroît en méme-îems, ) 

S C È N E 1 1 L 

MERCURE, PHEBÉ, POLLUX, 

EspritsMagîques, 

MERCURE. 

jL ke 2 é , tu fais de vaîns elforls; 
De tes encliantemens vois l'inutile usage r 
Le fils de Jupiter aura seul l'avantage 
De pénétrer aux sombres bords. 



7^4 CASTOR ET POLLUX, 

, P H E B É. 

Ah! Prince , où courez-vous ? 

POLLUX. 

Je vole à la victoire 
Qui doit couronner mes traveaux. 
Le chemin des enfers^ sous les pas d'un héros, 
Devient le chemin de la gloire. 

P H E B É. 

Laissez-moi devancer vos pas ; 
Laissez-moi braver tout obstacle, 
A l'Amour est dû le miracle 
De triojnpher du trépas. 

POLLUX. 

Allons, Mercure , où tu m*" guMes. 
L*ardeur que j'éprouve en c • jour 
Prête à mon amitié des ailes plus rapides 
Que ne sont celles de l'Amour. 

( // f^eul entrer dans la cai^erne ; les monstres et les 
dénions sortent des enfers , pour dépendre 

le passage. ) 



SCENE IV. 

r 

Les ACTEURS delà scène précédente , DEMONS , 
MERCURE, POLLUX^/PHEBÉ. 



T 



Ombez, rentre? Jane lescla vage; 

Arrêtez 



TRAGEDIE, ^5 

Arrêtez, Démon* furieux. 
P o L L u X. Livrez-moi 



> Livr?z-iui 

•3 



PhebÉ ) ,, ) cet affreux passage 

Mercure, 



P L L u X. Et redoutez 

PhebÉ. *) /lefilsdupluspLiissaiitdes 

MERCURE.r^'^'P^'^^M Dieux. 

C H Œ U R J^'5 D É M o N s. 

Sortons d'esclavage; 
Fermon<3-lui cet afIVeux passage. 

( Danse des Démons, qui i^eulent effrayer PoUux. ) 

C H Œ U R c/^5 D É M o N S. 

Brisons tous nos fers; ^ 

Ebranlons la terre , 
Embrasons les airs ; 
Qu'au feu du tonnerre 
Le feu des enfers 
Déclare la guerre : 
Brisons tous nos fers» 

Jupiter, lui-même; 

D 



26 CASTOR ET POLLUX, 

Doit être soumis 
Au pouvoir suprême 
Des enfers unis. 
Ce Dieu téméraire 
Veut-il pour son îils , 
Détrôner son frère l 

Brisons tous nos fers , etc. 
( LesDénwnscontinuenlleurdame, ctredouhlent 
leurs efforts poin-écarter?oLi.VX. Les Fîmes 
sorlent des enfers , armées defambeaux et de ser- 
pents. Cette action est suivie d'u.e reprise du 
chœur précédent , pendant laquelle Jol^vx 
combat les Démons : M^^CV^^ Us frappe de 
son caducée et passe a,ec P o L L U x , dans la ca~ 
,erne. P H E b É , qui ne peut les suivre, se h.re 
au désespoir , se donne un coup de poignard et 
se précipite dans l'abîme. ) 

SCÈNE V. 

LeTkédtrecMn^^eetrcprésentelesCbamp^^^^^^^^^ 
On roit lefleiwe Léthé, qui serpente dans ce se 
■our délicieux. Des O..^^S Heureuses par^^ 
sent errer dans l'JMgnemcnt , et tiennent a la 

rencontre deCxSTOR. 
CASTOR, OMBRESHEUREUSES. 

CASTOR. 

SkJour de l'éternelle paix. 



TRAGÉDIE. 



27 



Ne calmerez-vous point mon âme Impatiente? 
L'Amour jusqu'ences lieux me poursuitde ses traits : 

Castor ïij voit que son amante , 

Et vous perdez tous vos attraits. 

Séjour de l'éternelle paix, 
Ne calmerez-vous point mon âme impatiente l 

Que ce murmure est doux! que cet ombrage est frais! 
De ces accords touchans la volupté m'enchante : 

Tout rit, tout prévient mon attente ;, 

Et je forme encor des regrets. 

Séjour de l'éternelle paix 
Ne calmerez-vous point mon âme inpatlent»? 

( Les Ombres Heureuses dansent. ) 

CHŒUR des Ombres Heureuses. 

Qu'il soit heureux , comme nous ! 
Des biens que nous goûtons sur cet heureux rivage 
Nos cœurs ne sont point jaloux: 
Il les voit, qu'il les partage ! 
■ Qu'il soit heureux, comme nous ! 

( Différens quadrilles d'Ombres Heureuses s'ap- 
prochent ^^ C A s T o R. ) 

Une ombre. 

Pour toujours 
Ce rivage 
Est sans nuit et sans orage : 
Pour toujours 
Cette aurore 
Fait éclore 



28 CASTOR ET P O L L U X, 

Nos beaux jours. 

C^est le port 

De la vie; 

C'est le sort 

Qu'on envie. 
Le monde et ses faux attraits. 

Sout-il faits 
Pour nos reo^rets ? 

Noti, jamais 

Lieux propices , 
Vous n'odrez que des délices; 

Non, jamais 

Cet empire 

Ne respire 

Que la paix. 

( Des Danses légères exprunent , par des jeux 

différens , le caractère des O m b R E S. ) 

Une ombre. 

Sur les ombres fugitives 
L'Amour lance encor des feux ; 
Mais il ne fait sur ces rives 
Qu'un peuple d'amans heureux. 

( On danse ^ et les Ombres suwent toujours Castor. ) 

Une ombre, altematU^ement a^'ec le 

CHŒUR. 

Dans ces doux asiles 
Vos vœux seront couronnés 
Yvntz : 



TRAGEDIE. 29 

Aux plaisirs tranquilles 
Ces lieux charmans sont destinés. 

Ce fleuve enchanté, 
L'heureux Léthé , 
Coule ici parmi les fleurs : 
On n'y voit ni douleurs^ 
Ni soucis 5 ni langueurs , 
Ni pleurs : 
L'oubli n'emporte avec lui 
Que les soins et Tennui : 
Ce Dieu nous laisse 

Sans cesse 
Le souvenir 

Du plaisir. 

( Les Ombres reprennent leurs danses , qui 
sont Lout-à-coup interrompues^ ) 

CHŒUR, derrière le Théâtre. 
Fuyez , fuvez , ombres légères ! 
Nos jeux sont prophanés par des jeux téméraires. 

( P o L L u X paroît , et les O m B r e S étonnées 

fuient dei^ant lui. ) 



SCENE VI. 

POLLUX, CASTOR, LES OMBRES, 
MERCURE, dans Véloignement, 
P O L L U X. 

ASSUREZ-vous, habitans fortunés. 




3o C A S T O R ET P O L L U X, 

Loin de troubler ce favorable asile , 

y y viens goûter la paix que vous donnez. 

C*est ici des Héros la demeure tranquille. 
Chère ombre , paroissez ! . . 

CASTOR, appercevant P O L L U X. 

O mon frère 1 est-ce vous ? 
O rbomens de tendresse ! 

ENSEMBLE. 

O momens les plus doux î 
O mon frère est-ce vous \ 

P O L L U X. 

C*est moi qui viens briser la chaîne qui te lie : 
C*est moi qui t'ai vengi d'un rival odieux. 

CASTOR. 
Je verrois la clarté des Cieux \ 

P O L L U X. 

C'est peu de te rendre à la vie , 
Le sort t' élève au rang des Dieux. 

CASTOR. 

Qu'entends-je ! quel bonheur! jequitterois ceslieux \ 
Et le Ciel près de toi me permettroit de vivre ? 

P O L L U X. 

Non! tu jouiras seul d'un partage si doux; 

Et L" destin jaloux 
Va mUmpôser les fers , dont ma main te délivre. 



TRAGEDIE. 

CASTOR. 

Par ton suplice, ô Ciel ! j'acheterois k jour l 

P O L L U X, 

Tout l'univers demande ton retour : 
Règne sur un peuple fidèle. 

CASTOR. 

Le fils de Jupiter doit lui donner la loi. 

P O L L U X. 

Vois dans les Cieux la gloire t'appelle, 

CASTOR. 

J'immole au seul plaisir qui m'approche de toi 
Toute la grandeur immortelle, 

P O L L U X. 

Télaïre t'attend. 

CASTOR. 

Cruel , épargne - moi : 
Elle-même , à ce prix, verroit avec effroi 
Renouer de mes jours la trame criminelle. 

P O L L U X. 

Castor, nous la perdrons tous deux. 
Si tu tardes encor, tu lui coûtes la vie ; 
Hâte- toi, va; le Ciel t'ordonne d'être heureux 

Et c'est ton rival qui t'en prie. 

( Il embrasse son frère, ) 
CASTOR. 
Oui , je cède enfin à tes vœux : 



32 C A s T O RetP O L L U X, 

J*irai sauver les jours d'une amante fidèle^ 
Je renaîtrai pour elle. 

Maïs, puisqu'eniin je touche au rang des immortels, 

Je jure, par le Stix , qu'une seconde aurore 

Ne me trouvera pas au séjour des mortels. 

Je ne veux que la voir et Tadorer encore , 

Et je te rends le jour , ton Trône et tes Autels. 

POLLUX,àMERCURE. 

Ses jours sont commencés; 
Volez , Mercure , obéissez. 
Rendez un Immortel au séjour du tonnerre, 

Un Héros à la terre ; 
Volez, Mercure , obéisez. 

CHŒUR DES OMBRES. 

Revenez , revenez sur les rivages sombres : 
Habitez tous deux parmi nous , 
Et nous rendrons les Dieux jaloux 
De la félicité des ombres. 

( Mercure enlève Castor dans un nuage : 
P o L L u X lui tend les bras , et se relire ai^ec 
les Ombres fortunées, ) 

FIN DU QUATRIÈME ACTE. 



TRAGÉDIE. 3 



*:► 



ACTE CINQUIÈME. 

Le Théâtre représente une vue agréable des 
environs de la ville de Sparte , précédée 
d^un arc de triomphe , orné de festons et 
de guirlandes pour le retour de Cas toPu. 

SCÈNE PREMIÈRE. 

CASTOR, TÉLAIRE. 

TÉLAIRE. 

JLj E Ciel est donc touché des plus tendres amours i 
Au jour, que je quittois, votre voix me rappelé: 
Vous vivrez , pour m'être fidèle , 
Et vous vivrez toujours. 

CASTOR. 

Hélas ! 

TELAIRE. 

Mais pourquoi ces allarmes ? 
Vous m'aimez , je vous vois. . . 

CASTOR. 

Télaïre, vivez. 



34 CASTOR ET POLLUX, 

T É L A I R E. 

Qu'entends -je ! quels discours ? 

CASTOR. 

Télaîre. . . 

T É L A I R E. 

Achevez. 
Le plus beau de nos jours est-il fait pour des larmes î 

CASTOR. 
A d'éternels adieux il faut nous préparer? 

TELAIRE. 

Que dites -vous ? 6 Ciel 1 

CASTOR. 

Il faut nous séparer: 
Je retourne aux rivages sombres. 

TELAIRE. 

Castor! et vous m'abandonnez? 

CASTOR. 

Mon frère et mes serinens m'attendent chez les 
ombres. 

TELAIRE. 

A vous pleurer encor mes yeux sont condamnés ! 
A peine je vous vois ! à peine je respire, 
Castor ! et vous m'abandonnez ? 

CASTOR. 
Viiistant fatal approche, 11 me presse, 11 expire... 



TRAGÉDIE. 35 

Que cet instant a d'horreurs et d'appas ! 

T É L A I R E. 

Hélas ! te puis- je croire , 
Quand parjure à Tainour, ingrat, tu ne fais gloire 
Que d'être fidèle au trépas ? 

( On entend des chants de réjouissance. ) 

Mais j'entends des cris d'allégresse. 

SCÈNE II. 

CASTOR, TÉLAlRE,i/-oMyt7^<feSpARTiATES, 

qui viennent au-devant (/^Castor. 

Le C H ΠU R. 



V 



I V E z , heureux époux. 

T E L A I R E. 

Au-devant de tes pas tout ce peuple s'ejnpresse : 
Veux-tu troubler ses jeux ? ils étoient faits pour nous. 

C A S T O R , az^ Peuple. 

Hélas ! vous ignorez que votre attente est vaine. 

T É L A I R E e/ /^ C H Œ U R. 

Pourquoi vous dérober à des transports si doux ? 

CASTOR. 

Peuples , éloignez-vous. 
Vos désirs augmentent ma peine. 

( Le Peuple sort, ) 



36 C A S T O R ET P O L L U X^ 



SCENE III. 



E 



CASTOR, TELAIRE. 
T É L A I R E. 



H quoi ! tous ces objets ne peuvent t'atteuJrir l 

CASTOR. 
Vouiez-vous qu'aux enfers j'abandonne mon frèreî 

TELAIRE. 
Les DieuY nous le rendront ; Jupiter est son père. 

CASTOR, 
Vivez, et laissez -moi mourir. 

TELAIRE. 
Tu meurs ..! pour qui veux-tu (jue je respire encore? 

CASTOR. 

Régnez ; mon frère est immortel , 
Mon frère vous adore. 

TELAIRE. 

Non, je n'attendrai pas un destin si cruel : » 
J'en atteste lesDieux et la mort, que j'implore. 

CASTOR. 

ArrêtcE, redoutez le charme de vos pleurs. 
Si j'ôsois balancer, il est des Dieux vengeurs : 
Sur moi, sur vous, peut-être, ils puniroient mallame. 

TELAIRE. 

De quelle horreur encor viens-tu frapper mou arncî 



TRAGÉDIE. Z^ 

CASTOR. 

' J'armerois Jupiter ; son fils a mes serraens. 

T É L A I R E. 
Ils ont aimé , ces Dieux ;; ils plaindront des amans. 

( On entend plusieurs coups de tonnerre, ) 

Qu*al-je entendu î quel bruit ! quels éclats de tonnerre! 
Héla» 1 c'est moi qui t'ai perdu. 

CASTOR. 

J'entends frémir les airs ! je sens trembler la terre î 
C'en est fait ! j*ai trop attendu. 

ENSEMBLE. 

Arrête, Dieu vengeur, arrête! 

( Le bruit redouble, ) 

CASTOR. 

L'enfer est ouvert sous mes pas 1 

La foudre gronde sur ma tête ! 

( T É L A I R E tombe évanouie de frayeur, ) 

Ciel ! ô Ciel ! Télaïre expire dans mes bras ! 
Arrête , Dieu vengeur , arrête ! 

( Une simplionie mélodieuse succède au bruit du 

tonnerre, ) 

Mais le bruit cesse . . . Ouvrez les veux r 
A nos tourmens la nature est sensible, 
Et ces concerts harmonieux 
Annoncent un Dieu plus paisible. 

(Jupiter descend du Ciel sur son Aigle, ) 



38 C A S T O RetP O L L U X, 



S C E N E I V. 

JUPITER, CASTOR, TÉLAIRÇ, 

JUPITER. 



L 



ES Destins sont contens : ton sort est arrêté; 
Je te rends à jamais le serment qui t'engage : 

Tu ne verras plus le rivage 

Que ton frère a déjà quitté. 
Il vit 5 et Jupiter vous permet le partage 
De rimmortalité. 

( P o L L u X paraît, ) 



SCENE V. 

JUPITER, TÉLAIRE,CASTOR,POLLUX. 

CASTOR. 



M 



ON frère ! ô Ciel ! 

P O L L U X. 

Dieux ! je retrouve ensemble 
Tous les objets de mon amour ! 

CASTOR, 

J'allois te délivrer du ténébreux séjour , 
Quand le Ciel enûn nous rassemble. 

CASTOR ^^TÉLAIRE. 
Dieux, qui formez pour nous un sort si pkia d*appas ^ 



TRAGÉDIE. 39 

O ! Dieux ne nous séparez pas. 
JUPITER. 
Séjour de ma grandeur, où je dicte mes loix:. 
Vaste empire des Cieux , ouvrez-vous à ma voir. 

SCÈNE DERNIÈRE. 

( Les Cieux s'oui^^rent et font i^oîr^ au milieu des 
airs^ le palais de Jupiter ^ d' U7ie architecture écla- 
tante et légère , porté sur des nuages. Il comjnu- 
nique des deux côtés].^ par des colonnades , aujc 
pavillons des principales divinités célestes , dési- 
gnés par leurs divers attributs. Dans le lointain 
paroît une partie du Zodiaque .^ où se voit la pla- 
ce destinée à la constellation des Jumeaux. Le 
globe du Soleil est au milieu ., parcourant sa car- 
rière. Toutes les divinités du Ciel se rassemblent^ 
ainsi que les génies qui préside Jit aux planettes 
et aux constellations. ) 

JUPITER,POLLUX, CASTOR, TEL AIRE, 
7^5 G É N I E s célestes , 7^5 H e u R e S , etc. 

JUPITER, ûCastor^/Pollux, 



T 



AN T de vertus doivent prétendre 

Au partage de nos autels. 
Offrons à l'univers des signes immortels 
D'une amitié si pure et d'un amour si tendre. 
Venez , jeune Immortelle, embellissez les Cieux; 

Le Sort accomplit ses promesses. 



4o CASTOR etP O L L U X. 

C'est la valeur qui fait les Dieux / 
Et la beauté fait les Déesses. 

Tous LES CHŒURS. 
Que les Cieux , que la terre et l'onde 
Brillent de mille feux divers ; 
C'est l'ordre du maître du monde , 
C'est la fête de l'univers. 

( Ballet Ji givré des Heures^/ des Planettes. ) 

CASTOR. 
Qu'il est doux de porter tes chaînes , 

Tendre Amour! tes plaisirs font oublier tes peines. 

J'ai fait briller tes feux dans cent climats divers , 
Pour montrer à tout Tunivers 
Qu'il est doux de porter tes chaînes. 

Tout m'a dit dans les enfers 
Qu'il est doux de porter tes chaînes : 
Et , quand les Cieux me sont ouverts, 
J'entends retentir dans les airs 
Qu'il est doux de porter tes chaînes. 

( Les Chœurs se mêlent à la ^'oix de C \ST oK^et 
répètent ce dernier ters. Lafétc continue. ) 
Le C H ΠU R. 
Que les Cieux, (jue la terre et Ponde 
Brillent de mille feux divers ; 
C'est l'ordre du maître du monde , 
C'est la fête de l'univers. 

( Un dii^ertissement général termine V Opéra ) 

FIN., 



Ca^c^ ^ ^lùi^c 



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